LE SUICIDE: près de nous, mais toujours tabou!!!

Le suicide

Copyright Rafael Edwards


Il existe une réalité provoquant deux fois plus de morts que tous les conflits mondiaux mis ensemble.  Le suicide occasionne en effet plus de décès que tous les homicides et les guerres additionnés.

Comment se fait-il que les médias, ainsi que les membres de la société en général, maintiennent un silence disproportionné face à ce fléau?

Une explication fait la une: dénoncer cette réalité et ses faits au grand public aurait un effet d’idéalisation et provoquerait une augmentation du taux de suicide (mais l’idée de diffuser en boucle des images de meurtres, de génocides et de guerres en tout genre, aux heures de grande écoute, est largement acceptée!).

Selon la pensée populaire, le suicide n’arrive qu’aux autres et ne nous touchera pas particulièrement. C’est justement ici qu’il y a erreur. Le temps de lire ces quelques lignes et une personne s’est déjà enlevée la vie.  Pour dire vrai, à l’échelle planétaire, une personne se suicide à chaque 30 secondes.  Et non! Ce n’est pas en Afrique ou dans ‘d’autres pays‘ que ces faits s’établissent, c’est en grande majorité dans les zones développées et industrialisées, donc c’est ‘chez nous‘, que cela se passe. (il n’y a en réalité pratiquement aucune donnée recueillie concernant le taux de suicide en Afrique et il est quasiment nul en Amérique Latine).

Aujourd’hui seulement, au Québec, 3 familles perdront un de leurs membres.  En France, c’est une fois l’heure que la perte d’un être cher provoque un deuil et une souffrance pour l’entourage. Ne pas s’arrêter et réfléchir un peu à ces faits, c’est de volontairement contribuer à maintenir le tabou du suicide en nous rendant complice du silence.  Je suis d’accord avec Albert Camus: Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide.’

Je dois admettre que la diffusion en rafale et le sensationnalisme diffusé lors de la couverture du décès de certaines personnalités publiques a eu un impact mesurable sur l’augmentation du nombre de tentatives de suicides les jours suivant la nouvelle (je pense ici à Kurk Cobain, le chanteur du groupe Nirvana ou plus près de nous, Gaétan Girouard et Dédé Fortin).


Mais attention, ce n’est pas autant le geste mais le fait de fournir des détails sur la méthode utilisée, le texte à la une, la présentation de photos de la victime et l’emphase sur le sujet comme étant une idole qui a un effet d’entrainement.  La légende du ‘silence’ face au suicide dans les médias est conséquente au fait que ce ne sont que les suicides à sensation qui sont couverts par ces derniers (vedettes, personnalités connues, meurtres conjugaux suivis d’un suicide).

L’Organisation Mondiale de la Santé atteste en effet qu’: ¹ ‘Enrichir un article d’une multitude de détails tant sur la personnalité des protagonistes que sur les moyens utilisés pour passer à l’acte comporte un risque réel d’identification et de propagation.’  Toutefois, cela ne suffit pas à clore le débat sur la question, car ces suicides ne sont pas du tout représentatifs de la réalité mais en grande majorité des cas isolés.

Selon l’OMS, le tabou doit être brisé: ² Une dissémination des informations et une prise de conscience adéquates sont des éléments fondamentaux au succès des programmes de prévention du suicide.’  

La majorité de la population prend conscience d’un fait ou d’une réalité en grande partie lorsque celle-ci est présentée dans les différents médias.  Rejeter l’idée de l’influence majeure qu’ont les médias sur nos pensées, nos comportements et nos attitudes serait faire preuve de naïveté.

Il s’agit alors de tracer une ligne entre ces deux pôles: le tabou et le sensationnalisme!

Selon le Bureau du Coroner du Québec, ³ il y a diminution de l’impact sur le suicide si:

  • les ressources de prévention du suicide sont diffusées (où trouver de l’aide).
  • on décrit une crise résolue autrement que par le suicide.
  • les lecteurs sont informés sur le comportement suicidaire et le suicide en général.

Pourquoi entretenir un tabou qui n’est plus d’actualité?  Les médias ont un rôle à jouer dans la prévention et la sensibilisation du suicide.  Taire ce problème de santé publique mondiale n’en revient alors qu’à un manque flagrant de volonté. 

Et de notre côté, chers citoyens, maintenant que nous sommes conscients de ce fléau plus mortel que le sida, les meurtres et la guerre, c’est à nous d’agir: ³ ‘Parler du suicide à quelqu’un qui va mal n’a jamais contribué à un passage à l’acte suicidaire. Au contraire, c’est l’occasion pour la personne en souffrance de se sentir reconnue, et ainsi faciliter une demande d’aide et de soutien.’

Ne pas considérer l’impact et la responsabilité que nous avons face à ce désastre nous rabaisse à imiter les médias: s’en laver les mains!

Il n’y a aucune raison d’éviter le sujet et de garder le silence plus longtemps!

Et vous, cher lecteurs, qu’en pensez-vous?  N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou opinions au bas de la page.

ZHEDD

¹ Organisation mondiale de la Santé; Centre des médias – 10 septembre 2011
http://www.who.int/mediacentre/events/annual/world_suicide_prevention_day/fr/index.html

² Organisation Mondiale de la Santé; Prévenir le suicide – ressources pour conseillers – Genêve 2006
http://www.who.int/mental_health/media/counsellors_french.pdf

³ Bureau du Coroner du Québec; 51e colloque de l’Association des psychiatres du Canada
http://www.coroner.gouv.qc.ca/index.php?id=135

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9 réflexions sur “LE SUICIDE: près de nous, mais toujours tabou!!!

  1. Très bon article… Par contre, je suis d’avis que le suicide est toujours un sujet tabou comme vous dites et qu’il y a beaucoup de sujet aussi pires présentés aux nouvelles, mais sincèrement je ne crois pas qu’il serait sain de remplacer l’un par l’autre. Selon moi c’est à la communauté et aux organismes gouvernementaux et non gouvernementaux que la responsabilité revient de sensibiliser la population.

    • Je suis d’avis que la sensibilisation du suicide ne doit pas uniquement provenir des médias. Les groupes communautaires et les organismes à but non lucratif ont effectivement un rôle important à jouer dans ce débat. Il faut par contre concevoir que sans l’appui des médias, il pourraient difficilement diffuser leurs messages.

  2. Salut Zhedd,

    ton article était très pertinent; je dirais même percutant. J’ai bien aimé me faire rappeler la question de Camus. Je m’interroge toujours sur les causes profondes du suicide. Doit-on poursuivre la médicalisation d’une question qui est souvent sociale et liée à l’environnement de la personne qui pense à s’enlever la vie. Les facteurs à l’origine du suicide ne sont pas tous abordés par la psychiatrie actuelle. On recourt trop souvent aux médicaments pour faire face à un problème de nature sociale, identitaire et personnelle. Continue à écrire sur la psychiatrie, c’est très stimulant.

    • Bon point. En effet, les médicaments ne doivent pas devenir l’entier de la thérapie. Histoiredesidées, tu me donne une bonne idée d’article pour le futur.

      Merci du commentaire.

  3. Je crois que c’est surtout la prévention qui n’est pas assez présente. Trop d’annonces de… savon, REER, de brancher Glade… etc. On a briser le tabout il me semble il y a quelques années avec des annonces de tel-jeunes etc. Mais plus rien maintenant ou presque. Les organismes devraient pouvoir se faire voir beaucoup plus.

    • Tu apportes un bon point. Le tabou a effectivement été brisé il y a quelques années et on dirait que cela a suffit à la cause. C’est le quasi silence complet depuis. Il s’agit d’un problème de santé international et nous avons peine à en entendre parler localement. Pourtant, nous connaissons tous une personne qui a été directement ou indirectement touché par la question du suicide.

      Merci du commentaire.

  4. Une priorité serait d`alerter ceux qui sont présentement sous médication des psychotropes, car ce sont eux les suicidaires potentiels immédiats.

    Benoît V.

    • Ton commentaire reflète très bien la réalité. Plusieurs suicide ont d’ailleurs eu lieu alors que les personnes étaient sous l’effet de drogues légales. Merci du commentaire.

  5. Très bon commentaire! Il y a pour moi également un manque à gagner dans l’instauration comportementale des individus. Des familles dis-fonctionnelles laisse en bagages des comportements qui malheureusement isolent leurs rejetons d’une possibilité de relation saine. Sans ce bagage référentiel de ce qui est bien pour l’être comment se développer sainement. En plus de ne pas cadrer dans la vision social des hautes études et des revenus à « l’image » de la réussite. Certains perdent toute estime de soi.

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